Inondations dans le Var : l’oeil des experts Preventimmo

Inondation de la zone de la Palud à Frejus en Novembre 2011 - Source PATRICK CLEMENTE

Inondations dans le Var en Novembre 2011 : l’équipe d’experts Preventimmo, forte d’une expérience de plus d’une dizaine d’années dans le domaine des risques naturels et technologiques, souhaite partager avec vous au travers de cet article, son point de vue sur les conséquences des intempéries survenues en ce début de mois de novembre 2011 dans le Sud de la France.

Les inondations dans le Sud de la France : un lourd bilan.

Entre le 1er et le 9 novembre, quatorze départements du sud de la France auront été mis en vigilance « Orange ». Plusieurs d’entre eux sont passés rapidement en vigilance « rouge » en raison de fortes pluies liées à des perturbations orageuses formées au large de nos côtes en raison de températures élevées des eaux de la Méditerranée (Figure 1).

Cumul des précipitations dans le Var du 1er Novembre à 00h au 9 Novembre à 00h

Cumul des précipitations dans le Var du 1er Novembre à 00h au 9 Novembre à 00h (Source: Predict )

Ces fortes pluies (+ 40% du total pluviométrique de l’année s’est abattu en quelques jours) ont conduit, dans un premier temps, à des inondations multiples sur tous ces territoires et des vents allant quelquefois au-delà des 100 km/h. Dans un second temps, des dégâts supplémentaires ont été engendrés par la formation d’une houle en mer qui aura eu raison de nombreuses installations en bord de mer ainsi que de nombreux navires de plaisances.

Selon La Caisse Centrale de Réassurance (chargée de réassurer les assureurs pour les Catastrophes Naturelles), les montants indemnisables pourraient atteindre entre 500 et 800 millions d’euros. Ces montants approximatifs se limitent aux dommages directs liés aux intempéries. La part du montant imputable aux entreprises devrait s’élever à plus de 50% aux entreprises situées dans les zones inondées et sur le bord de mer (restaurants, ports privés, activités liée au nautisme). Les pertes d’exploitation qui résulteront de l’arrêt d’activité de toutes les entreprises sinistrées ne seront prises en compte que beaucoup plus tard et viendront accroitre considérablement le montant global indemnisable.

La zone d’activité de la PALUD : 3 inondations en seulement 10 ans !

Cette zone d’activité concentre des activités commerciales, artisanales ou industrielles dans des zones inondables connues depuis de nombreuses années. Comme son nom le laisse entrevoir, la zone commerciale de la PALUD à Fréjus était à l’origine un espace marécageux, un marais en vieux français. Pour l’anecdote, le mot paludisme est issu du mot « palud » puisque ces espaces étaient souvent la cause de la diffusion de cette maladie.

Plan de la Zone d'Activité de la Palud

Plan de la Zone d’Activité de la Palud

Ce « palud » a été ensuite fortement drainé pour son propriétaire pour l’assécher et le transformer en espaces agricoles (mise en place de canaux de drainage appelés « Garonnes »). Par la suite, la déprise des terrains agricoles a peu à peu permis l’installation progressive de nombreuses activités artisanales et commerciales. Aujourd’hui, cet espace est totalement dédié aux activités artisanales et commerciales, plus d’une centaine d’entreprises y sont installées et bien évidemment le caractère inondable de la zone a totalement été oublié jusqu’en décembre 2006 date à laquelle la zone a été submergée par une inondation durant la nuit. Ensuite, en 2010, un nouvel épisode orageux fut à l’origine d’une autre inondation et enfin en 2011, rebelote !

Depuis 2000, l’Etat, au travers de son service départemental de l’équipement tente d’instaurer un Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) dans cette zone. Onze ans plus tard, après plusieurs tentatives, toujours aucune procédure réglementaire n’a été approuvée. Au-delà de la lenteur de l’administration, il faut bien comprendre que des enjeux importants sont défendus par les uns et les autres, ce qui a eu pour conséquence principale de bloquer l’avancement de la procédure PPRI.

Par ailleurs, il ne faut pas croire, comme le dit notre ministre de l’Intérieur, que la mise en place d’un PPRI va tout changer. Un PPR ca ne protège pas contre les inondations ! Cette procédure permet de contrôler l’urbanisation future en zone dangereuse et éventuellement, dans de très rares cas, d’imposer aux propriétaires déjà présents la mise en œuvre des mesures de prévention ou de protection destinées à limiter les dégâts en cas d’inondation (encore faut-il que ces propriétaires respectent cette obligation ou que les exploitants des bâtiments en soient les propriétaires).

Pour compléter ces éléments sur la question de la prévention des risques naturels, on ne peut pas faire fi du problème délicat de l’alerte. Tout d’abord, d’un point de vue météo, tout le monde a pu constater que la carte de vigilance largement diffusée par les grands média n’a pas eu un grand effet sur la population. Pourquoi ? Tout simplement en raison du message qu’elle fait passer, un message simple et utile, certes, « Soyez vigilant ! » Mais que signifie-t-il concrètement ? Que doit-on faire pour se préparer si les prémices d’une inondation survenaient ? Des informations sur le comportement à avoir durant un épisode inondant sont disponibles sur de nombreux sites internet, brochures ou autres supports mais elles ne sont jamais corrélées directement à ces fameuses cartes de vigilance. Cartes qui, au demeurant, fonctionnent très bien puisqu’elles ont annoncé la grande majorité des événements naturels catastrophiques qui se sont produits à ce jour. Des messages concrets doivent être relayés par les médias locaux (radios, tv). On peut être vigilant, attentif, sur le qui-vive, sans pour autant savoir quoi faire pour se protéger ou protéger son entreprise. Dès lors la « vigilance » ne sert à rien… Pour terminer sur cette problématique de l’alerte, il faut bien se rendre compte qu’en région méditerranéenne il est très difficile d’anticiper les crues torrentielles en raison de leur cynétique très rapide associée à des variables et des paramètres beaucoup trop nombreux et trop précis pour être simulés pour la prévision de ces crues exceptionnelles.

Pour conclure, les cumuls de précipitations supérieurs à 350 mm (en quelques jours) mesurés sur de nombreux bassins versants et qui ont coûté la vie à 5 personnes, coûteront vraisemblablement entre 500 et 800 millions d’euros de dégâts (indemnisés au titre du régime des Catastrophes Naturelles). Les secteurs sinistrés sont souvent déjà réglementés (Siagne, Vernède, Argens, etc.) ou font l’objet d’une procédure PPR en cours qui tarde à être validée. Pourtant, la vulnérabilité, la fragilité et les enjeux de ces territoires ne décroissent pas.

Les axes d’améliorations vus par les experts

Mieux sensibiliser les populations et les acteurs économiques, développer une culture du risque, réduire la vulnérabilité des territoires face à ce type d’événement sont autant de pistes intéressantes à développer. Ces nouvelles approches de la gestion du risque permettent de responsabiliser directement les personnes exposées aux inondations. Elles sont bien moins coûteuses que la construction d’ouvrages de protection monumentaux. D’autant plus que ce type d’ouvrage est :

  • toujours inefficaces pour une crue supérieure à celle de référence (une digue est dimensionnée pour une probabilité de crue ),
  • toujours source d’aggravation du risque à l’aval,
  • toujours source d’une recrudescence des habitants et activités derrière l’ouvrage soit disant en sécurité  mais toujours inondable un jour.

Au travers de cet article, l’équipe Preventimmo souhaite simplement attirer l’attention du lecteur sur le fait que les PPR ne sont pas la solution unique à toutes les menaces climatiques. Ils sont très utiles pour la maitrise de l’urbanisation et l’information des populations sur les risques qu’ils encourent mais il convient peut-être aussi de réfléchir plus en profondeur sur le « vivre en zone inondable » et sur la réduction de la vulnérabilité des territoires face aux catastrophes naturelles.

L’association d’une politique de contrôle de l’urbanisation future à une politique de prévention lucide, axée sur les biens aujourd’hui menacés, semble indispensable. Le constat est clair, la plupart des habitations et des entreprises situées en zone réglementées d’un PPR  sont mal informées et déresponsabilisées par un régime d’assurance fondé sur la solidarité nationale. Que dire des propriétaires dont les biens sont dans des zones à risque non encore couvertes par un PPR ? La modulation de la franchise d’assurance est-elle une réelle solution ? Comment sensibiliser les populations menacés ? Comment convaincre des milliers de dirigeants d’entreprises que quelques mesures simples prises à l’avance permettent de diviser par 2 voire 3 les dommages subis ? Doit-on réformer le système d’assurance Cat’Nat’ ? peut-on vivre en zone inondable ? quelles sont les méthodes et les mesures à mettre en œuvre pour limiter les dommages dans son habitation ou dans son entreprise ?

Au travers de ce blog, l’équipe Preventimmo tentera d’aborder toutes ces questions et de partager avec vous les différents points de vue.

 


Publié par pour Preventimmo
A propos de l'auteur

Paul MENGUAL

Paul Mengual est le Responsable Qualité et Expertises Preventimmo. Docteur en Géographie, il travaille depuis plus de 10 ans dans le domaine des Risques Naturels et Technologiques. Il collabore régulièrement avec différentes collectivités publiques sur le thème de la réduction de la vulnérabilité des territoires. Il est également l'auteur d'un ouvrage intitulé "La réduction de la vulnérabilité des PME-PMI aux inondations" coll.SRD, Ed. Lavoisier.


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